2026-10-03

La langue en tant que service public : ce qu’il faut retenir pour l'interprétation dans le secteur public

Les services publics font appel à des interprètes tous les jours. Lorsque le soutien linguistique est considéré comme une question secondaire, l'accès aux services se détériore rapidement. Découvrez les conseils concrets des experts d'Acolad sur la manière d'intégrer efficacement l'interprétation dans les services publics.

L'interprétation n'est pas une simple fonction de soutien; elle est essentielle à la prestation de services publics

Si vous travaillez dans les domaines des soins de santé, de la justice, de la police, de l'immigration et des services aux réfugiés, ou encore des services sociaux, vous savez déjà que l'accès aux langues n'est pas seulement une « bonne chose à avoir ». C'est un facteur clé pour fournir des services de manière sûre et équitable.

Pourtant, de nombreuses institutions continuent d'acheter des services d'interprétation en bloc d'heures, en espérant que le bon interprète sera disponible lorsqu'un patient se présentera, qu'une audience débutera ou qu'un travailleur social devra intervenir rapidement. Cette approche risque de ne pas tenir longtemps, particulièrement lorsque les réglementations deviennent plus strictes, que la demande augmente ou encore que la demande pour une langue rare frappe une équipe de première ligne déjà débordée.

Pour discuter d'exemples efficaces d’adaptation dans le secteur public, Acolad a réuni quatre experts de l'interprétation lors d'un webinaire sur la question Quand la langue est un service public.

Nancy Hähnel (directrice générale, Pays-Bas), Chris Stypula (directeur principal des ventes, R.-U.), Jim Pfeiffer (directeur principal du développement de l’entreprise, É.-U.) et la modératrice Giulia Silvestrini (responsable des services d’interprétation au niveau mondial), tous employés chez Acolad, ont partagé leur vision de ce qui rend l'interprétation dans le secteur public vraiment efficace.

Cet article reprend les enseignements les plus pratiques tirés de cet échange, avec des points de vue provenant de l'UE, du Royaume-Uni et des États-Unis.

Principaux thèmes abordés

  • Pourquoi l'interprétation est essentielle à la prestation de services publics dans les contextes à fort enjeu.

  • L’interprétation en tant que capacité de service public et non en tant que marchandise : ce qui se passe lorsqu'elle est traitée comme de simples « heures achetées », et ce qu'il faut mettre en place pour remplacer ce mécanisme.

  • L'interprétation hybride dans la pratique : quand choisir l'interprétation en présence ou opter pour l’interprétation téléphonique ou l'interprétation vidéo à distance, et comment faire en sorte que les équipes de première ligne aient facilement accès à la bonne option.

  • Un approvisionnement et une gouvernance qui protègent l'accès : passer du coût le plus bas à la valeur responsable, gérer les risques et la continuité, et définir les bons indicateurs clés de performance.

  • Certification, qualité et disponibilité : comment fixer des normes applicables sans affaiblir la couverture - particulièrement pour les besoins en matière de certification et dans langues pour lesquelles il y a peu de ressources.

  • Renforcer les capacités à long terme : prévoir les pics de demande, renforcer les bassins de ressources et soutenir les interprètes pour assurer la résilience de ces services dans le temps.

Pourquoi l'interprétation est une capacité de service public - et non une marchandise

Dans notre monde multilingue, l'interprétation peut être nécessaire partout : un appel de triage auprès d’un service infirmier, un échange dans une salle d'audience, une déposition auprès de la police, un entretien avec un demandeur d'asile. Et puisqu’elle touche à de nombreux services, elle finit souvent par être répartie entre divers budgets et divers responsables.

« Les services d'interprétation de tous les jours permettent aux institutions de communiquer avec les locuteurs de langues étrangères dans des domaines clés, notamment les soins de santé, la justice, l'éducation, la migration et les services aux réfugiés. »

Giulia Silvestrini

La diversité des domaines est importante, car elle explique pourquoi l'interprétation est souvent « gérée » par différentes équipes au sein d'une même institution, chacune mesurant le succès en fonction de critères différents (coût, rapidité, risque, expérience utilisateur).

Le message de notre groupe d’experts était clair : si l'interprétation est traitée comme un simple achat transactionnel, les problèmes apparaissent en première ligne - réservations tardives, couverture manquée, qualité incohérente et stress évitable pour le personnel de première ligne et les citoyens.

« L'efficacité est atteinte quand l'interprétation est considérée comme une infrastructure essentielle pour l'accès, et non comme un simple service transactionnel. Quand cette question d’approche sera réglée, le succès sera au rendez-vous. »

Chris Stypula

Conclusion pratique : Cela explique pourquoi l'interprétation ne devrait pas toujours être gérée comme un achat qui relève d’une seule équipe. Les décisions concernant la qualité, l'accès, les modalités et la pérennité de la main-d'œuvre ont un impact sur de nombreux services publics. Vous avez donc besoin de gouvernance, peut-être assurée par un unique partenaire, et qui s’applique à divers contextes.

Découvrez plus d'informations tirées du webinaire

Ce qui change : services hybrides et sélection plus stratégique des canaux

De plus en plus, nous constatons que les services publics combinent l'interprétation en présence, par téléphone et par vidéo - souvent appelée OPI (over-the-phone interpreting) et VRI (video remote interpreting). Souvent, ils conservent l'assistance en personne pour les conversations les plus délicates, tout en utilisant l’OPI ou la VRI lorsque la rapidité et la portée sont des facteurs importants.

« Nous assistons à l'émergence de modèles hybrides. Le face-à-face reste essentiel pour les interactions sensibles, tandis que l'OPI et la VRI offrent rapidité et portée nationale, ce qui est également crucial pour les États. »

Chris Stypula

Le groupe d’experts a souligné que le modèle « hybride » fonctionne uniquement si l’organisation est adéquate. La question n'est pas nécessairement « à distance ou en présence » dans l'abstrait. Il s'agit de déterminer quelle modalité correspond le mieux au risque, à l'urgence, à la complexité de la situation, et aux besoins des utilisateurs, c'est-à-dire à la facilité avec laquelle vos utilisateurs finaux peuvent accéder aux services d'interprétation.

Même le meilleur plan d'approvisionnement peut échouer si les équipes de première ligne ne savent pas quoi faire sur le moment.

« Lorsqu'une personne se présente dans leur cabinet ou aux urgences, savent-elles ce qu'il faut faire si cette personne ne parle pas anglais? Savent-elles choisir entre l’interprétation par téléphone, par vidéo ou en présence?

« Quelle est la meilleure façon de mettre cela en œuvre? Il s'agit là d'une question essentielle pour une organisation. Il peut s'agir d'une situation dans laquelle les services d'approvisionnement savent exactement qui appeler. Il se peut même que le responsable du service linguistique sache qui appeler, mais si le médecin, l'infirmière ou le greffier ne sait pas à qui s’adresser, ni quelle est la procédure à suivre, cela devient une situation très stressante pour eux. »

Jim Pfeiffer

Conclusion pratique : Choisir entre l’interprétation par téléphone, par vidéo ou en présence, c’est une décision qu’on prend au moment où l'on en a besoin. Si le personnel ne dispose pas d'un guide simple et d'une méthode claire pour entrer en contact avec la bonne ressource, il perd du temps précisément au moment où le temps compte.

Approvisionnement et gouvernance des services d’interprétation : passer du coût le plus bas à la valeur responsable

L'examen du processus d’approvisionnement de services d’interprétation pour les organisations du secteur public a représenté une question cruciale de la discussion durant le webinaire, notamment parce que ce processus influence les résultats longtemps après la signature du contrat.

La maîtrise des coûts est importante, mais le taux horaire le plus bas ne sera d'aucune utilité si les appels ne sont pas traités, si les langues rares ne peuvent pas être traduites ou si les problèmes de qualité entraînent des visites répétées et du travail supplémentaire.

« Dans le secteur public britannique, on assiste à une évolution de l’approvisionnement, où la recherche du coût le plus bas se transforme en recherche de la valeur responsable.

« Je pense que bon nombre de nos acheteurs évaluent maintenant leurs risques, essaient de se protéger et se concentrent sur la continuité des services, sans se contenter de regarder uniquement le prix horaire - qui reste par ailleurs un facteur déterminant. »

Chris Stypula

Dans de nombreux marchés, on constate que d'autres considérations entrent en jeu, comme une plus grande attention à la sécurité, à la technologie et à la qualité. On demande aux équipes de démontrer comment les données sont traitées, comment les appels sont acheminés et comment la qualité est vérifiée; c’est particulièrement vrai lorsque les besoins concernent la santé ou les personnes vulnérables, ou en présence de risques juridiques.

« Je note clairement une augmentation des exigences en matière de sécurité, un accroissement du rôle de la technologie et un besoin urgent et constant de mieux définir la qualité, et de mieux définir comment nous pouvons la mesurer dans le secteur de l'interprétation. »

Nancy Hähnel

Conclusion pratique : La gouvernance et les indicateurs clés de performance (KPI) sont les points sur lesquels l'opposition entre la qualité et l'efficience devient opérationnelle. Si les indicateurs clés de performance ne priment que la rapidité et le coût, la qualité et la couverture se dégraderont. Si les indicateurs clés de performance tiennent compte de l'accès et des résultats, les équipes peuvent faire de meilleurs compromis, particulièrement pendant les périodes de pointe.

Certification et agrément, qualité et disponibilité des interprètes : rendre les exigences réalisables

Une autre tension importante dans le secteur public en matière d'interprétation est que les exigences en matière de certification protègent la qualité, mais si les règles sont trop rigides, vous risquez qu’aucun interprète ne soit disponible au moment où vous en avez besoin de manière urgente. L'astuce consiste à faire correspondre les exigences aux risques : les cas les plus importants bénéficient de ressources agréées, tandis que les interactions à moindre risque bénéficient toujours d'une couverture qualifiée.

Ce point a été illustré par une comparaison qui a trouvé un écho dans tous les secteurs : les normes de qualité sont essentielles, mais le système doit rester viable.

« Certains États accordent des licences aux interprètes, ce qui est une excellente chose. Ils doivent s'assurer que les interprètes sont qualifiés. Aux États-Unis, les coiffeurs et les masseurs doivent être reconnus. Je pense que, pour assurer une communication de qualité à une personne sourde ou malentendante, il faut qu'elle puisse compter sur un interprète qualifié.

« Cependant, si les interprètes n'obtiennent pas cette licence ou n'ont pas le temps de le faire, le réservoir de main-d'œuvre se réduit et il peut être plus difficile d'obtenir des ressources. C'est là que la technologie peut également être utile. »

Jim Pfeiffer

Nancy Hähnel a notamment souligné la pénurie d'interprètes pouvant certifier leur travail aux Pays-Bas. Pour sa part, Giulia Silvestrini a noté une conséquences importante : quand l'offre qualifiée est limitée, les services publics ont besoin de règles claires pour déterminer quand l’interprétation en présence est essentiel, et comment protéger la couverture des langues pour lesquelles il y a peu de ressources.

« Nous ne pouvons pas nier qu'il y a une pénurie de ressources, plus particulièrement en ce qui concerne les interprètes pouvant certifier leur travail. D'une part, en ce qui concerne l'interprétation en présence, plus particulièrement pour les langues moins communes, nous voulons nous assurer de déployer un interprète sur place chaque fois que cela est essentiel.

« Ces quelques interprètes en présence sont disponibles et peuvent être déployés pour les missions les plus importantes. C'est pourquoi l'investissement dans la technologie et la mise en œuvre de la technologie en amont permettent de s'assurer que la sélection des interprètes est automatisée, et que les ressources sont déployées là où elles sont plus utiles. »

Giulia Silvestrini

Conclusion pratique : Lorsque vous sélectionnez un fournisseur de services d'interprétation, vérifiez s'il propose une plateforme technologique qui permet d'acheminer chaque demande vers l'interprète le mieux adapté - que vous ayez besoin d'une couverture pour une langue ayant peu de ressources, ou encore de la certification de l’interprétation pour un projet à plus haut risque.

Renforcer les capacités d'interprétation à long terme : Prévisions, bassins de ressources et soutien

La résilience est également un facteur clé pour de nombreux programmes d'interprétation dans le secteur public. Il peut être un véritable défi que de garantir la couverture à mesure que la demande fluctue, que des pics de demande apparaissent et que les besoins linguistiques évoluent.

Il est donc essentiel de faire des prévisions et de mettre au point des modèles capables de s'adapter à la demande structurelle et aux pics de demande ponctuels.

« Les modèles de prévision sont très importants, car ils sont intégrés aux institutions, à la législation européenne, particulièrement aux politiques d'immigration et d'asile. Le fait d'être en conversation avec l'organisation concernée permet de faire des prévisions et d'avoir un modèle qui fonctionne pour n'importe quel besoin, qu'il soit structurel ou ponctuel. »

Nancy Hähnel

Nancy Hähnel a donné l'exemple de l'Acolad Academy, aux Pays-Bas, où un système se met en place dès qu'un pic de demande est constaté, qu'il soit temporaire ou structurel, afin de garantir une offre adéquate d'interprètes.

« Ce que nous faisons au Royaume-Uni et qui fonctionne, c'est que nous avons recruté des ressources communautaires, en nouant des partenariats avec les communautés de la diaspora, les universités, les écoles d'interprètes. Chez Acolad, nous créons des voies d'accès pour les locuteurs bilingues vers l'interprétation professionnelle. »

Chris Stypula

Dans la pratique, la résilience des services peut être renforcée par des fournisseurs organisés qui sont en mesure de transformer les prévisions et les bassins de ressources en capacité opérationnelle - en investissant dans des interprètes afin que la bonne ressource soit disponible quand la demande augmente.

Conclusion pratique : demandez aux prestataires de vous montrer comment ils prévoient les pics de demande et comment ils gèrent leur bassin d'interprètes, et exigez un système de routage ou de mise en relation qui donne la priorité aux demandes exigeant la certification et aux demandes pour lesquelles les ressources sont peu nombreuses, lorsque cela compte le plus.

« Lorsqu'il s'agit d'assurer des résultats positifs en matière d'interprétation dans le service public, il faut vraiment s'assurer qu'un système solide et agile est en place. »

Giulia Silvestrini
Giulia Silvestrini
Responsable de l'interprétation au niveau mondial, Acolad
À retenir

Construire des services d’interprétation résilients pour le secteur public

  • Planifiez l'interprétation comme un service essentiel : une responsabilité claire, des règles claires pour l'escalade et des méthodes d’accès simples pour le personnel.

  • Utilisez les modes de diffusion hybrides avec discernement : conservez les services en présence pour les contextes sensibles, en ayant recours aux services par téléphone/vidéo pour la rapidité, la portée et la couverture.

  • Rédiger les contrats axés sur l'accès et les résultats : est-il possible de répondre rapidement aux demandes, de couvrir les langues rares et de garantir la qualité pendant les périodes de pointe, et non seulement de fournir des minutes à un tarif avantageux?

  • Faites en sorte qu’il soit possible de répondre aux exigences en matière de certification : protégez la qualité sans réduire l'offre au-delà de ce que les services peuvent tolérer.

  • Renforcez la résilience grâce aux prévisions, aux bassins de ressources communautaires et au soutien aux interprètes (formation, parcours de croissance, bien-être).

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Foire aux questions

Vous avez d'autres questions sur l'interprétation dans le secteur public? Nous avons les réponses.

Comment déterminer des normes de qualité pour l'interprétation dans le secteur public, sans pour autant réduire la couverture?

Utilisez des critères fondés sur le risque (quand la certification est essentielle ou quand une ressource qualifiée est acceptable), et adaptez les options de modalités (interprète en présence/au téléphone/par vidéo à distance) au contexte.

Quels sont les indicateurs clés de performance qui permettent de mieux déterminer si l'accès aux langues fonctionne?

Accordez une plus grande importance aux mesures axées sur l'accès, comme le temps requis pour l'affectation, le taux de couverture par langue/titre de compétence et les performances pendant les périodes de pointe, en plus du contrôle de la qualité.

Comment planifier les pics de demande et les langues pour lesquelles les ressources d'interprétation sont limitées?

Combinez les prévisions avec une stratégie d'approvisionnement durable (bassins de ressources, parcours de formation et processus d'acheminement et de mise en relation qui accordent la priorité à l'urgence et aux besoins en matière de qualification).

Que signifie l'expression « approvisionnement axé sur les résultats » dans le secteur de l'interprétation?

Cela signifie qu'il faut définir le succès en fonction de l'expérience et de l’accès des citoyens/patients, puis mettre en place une gouvernance et des indicateurs clés de performance autour de ces résultats - et non seulement en se fondant sur l'utilisation et les coûts.

Comment un programme d'interprétation peut-il garantir la qualité sans perdre la couverture?

Clarifiez les exigences en matière de qualification, établissez des règles fondées sur le risque à appliquer quand une certification est nécessaire et utilisez des modèles de prestation hybrides pour élargir l'accès - tout en investissant dans des parcours de formation pour accroître l'offre.

Ressources connexes